Notre maison brûle : oui ou non ?

Depuis quelque temps, des voix s'élèvent pour dénoncer la progression des ventes de 4X4, alors que nous devrions tous nous mettre à faire des économies drastiques d'énergie en général et de carburant en particulier. Pour ma part, je déclare tranquillement que les gros 4X4 ne devraient plus être « en vente libre » depuis longtemps, mais être réservés aux professionnels qui en ont réellement besoin, comme les médecins de campagne et a fortiori de montagne et divers autres corps de métier. Néanmoins, je signale qu'un constructeur Français dont je tairai le nom, proposait, il y a encore quelques années, un petit véhicule à quatre roues motrices, relativement économe en carburant, d'un poids de 850 kg environ, qui pouvait rendre de grands services, mais avec lequel il n'était pas possible de « frimer ». En effet, la raison principale de l'achat d'un gros 4X4 est bien de pouvoir parader dans un véhicule puissant et  propre  à épater la galerie. Le qualificatif « propre » s'arrête là, puisque ce genre de monstre peut consommer jusqu'à 30 litres de carburant au 100 km, en cycle urbain, ce qui donne à peu près 90 kg de C02. Non seulement la classe politique se distingue par un silence assourdissant, mais il y a quelques années, un gouvernement de Gauche a supprimé la vignette qui était un frein certain à l'achat de véhicules énergivores. La Droite n'a pas levé le petit doigt. L'apathie de la classe politique ne s'arrête pas là. Le maintien des courses d'engins motorisés prouve qu'elle ne ressent pas l'urgence de s'élever contre cette vitrine légale du gaspillage qui affiche un mépris total pour la Planète et les générations futures. A chaque « Grand Prix de F1 », ce sont des centaines (voire des milliers) de tonnes de CO2 et de sous-produits toxiques qui sont balancées dans l'atmosphère pour un spectacle infantile qui peut même inciter certains jeunes à faire les fous sur les routes. Ce n'est pas tout. Peu de gens savent que la réduction des rejets de gaz à effet de serre ne concerne pas le transport aérien. Ainsi en ont décidé les valeureux signataires du protocole de Kyoto. Or, il y a environ 12.000 avions de ligne en service dans le monde. Là encore, ce sont des quantités phénoménales de CO2 et de sous-produits toxiques qui sont envoyés dans l'atmosphère, chaque année. On pourrait au moins faire payer une bonne écotaxe à ceux qui utilisent ce mode de transport ultra-énergivore, pour leur loisir. Voilà trois preuves éclatantes de la faiblesse de nos dirigeants face aux lobbies des transports. Pendant ce temps, certains pays manquent de tout, y compris de cette quantité minimum de carburant qui leur permettrait de se remettre à flot, de réhabiliter leurs terres agricoles et de pouvoir en vivre convenablement. Le gaspillage que nous faisons du carburant, est l'une des causes du déficit abyssal de la balance du commerce extérieur et l'une des causes de la déroute économique actuelle. Quant à la pollution qui en découle, c'est l'une des causes du déficit de la Sécurité Sociale. Bref, un non-sens sur toute la ligne. A la conférence de Johannesburg, le président Chirac a eu cette formule courageuse « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Depuis cette déclaration, rien a changé, même pas en France où la consommation d'énergie par habitant continue d'augmenter, à cause d'une publicité tapageuse pour des bagnoles de plus en plus grosses, de l'allongement des trajets quotidiens et de la poursuite de l'urbanisation. Il faut croire que le Représentant Suprême de la population d'un grand pays comme le nôtre est moins puissant que les lobbies qui nous poussent à consommer toujours plus. Quant aux citoyens que nous sommes, qu'avons-nous fait à la suite de la déclaration de notre Président ? Est-ce que nous nous sommes mis à restreindre la consommation de tout ce qui nuit à la planète? Force est de constater qu'il n'en est rien. L'augmentation du prix du pétrole commence à dessiller les yeux de certains, mais la grande révolution dans notre façon de travailler, de produire et de consommer qui, seule, pourrait nous éviter le pire, n'est pas encore pour demain.

EVRARD Michel. Utilisateur encore bien trop timide de l'énergie solaire.